Sandhurst

De Sandhurst, je passai dans le monde. Il s’ouvrait devant moi, comme la caverne d’Aladin. Depuis le début de 1895 jusqu’à l’époque où j’écris ces lignes, je n’ai jamais eu le temps de me retourner. Je pourrais presque compter sur mes doigts les jours où je n’ai rien eu à faire. Cela a été un film ininterrompu dans lequel je jouais. Et, dans l’ensemble, très amusant ! Mais les années 1895 à 1900, qui constituent l’essentiel de ce livre, dépassent en animation, en diversité et en activité tout ce que j’ai jamais connu – sauf, bien sûr, les premiers mois de la Grande Guerre.

Quand j’en évoque le souvenir, je ne puis que rendre sincèrement grâce aux dieux qui m’ont accordé le don d’exister. Tous ces jours ont été parfaits et chacun était encore mieux rempli que celui qui l’avait précédé. Bien sûr, il y a eu des hauts et des bas, des périls et des aventures, mais toujours le sens du mouvement et l’illusion de l’espoir. Venez maintenant, vous, les jeunes gens du monde entier monde entier ! On a plus que jamais besoin de vous pour combler les vide des générations décimée par la guerre. Vous n’avez pas une heure à perdre. Vous devez prendre votre place aux premières lignes de la vie. De vingt à vingt-cinq ans ! Voilà les grandes années ! Ne vous contentez pas de ce que vous trouvez. “La terre vous appartient, avec tout ses biens.” Recueillez votre héritage, acceptez vos responsabilités. Brandissez de nouveau les glorieux étendards, marchez contre les nouveaux ennemis qui sans cesse se regroupent devant l’armée de l’humanité et qu’il suffit d’attaquer pour vaincre. N’acceptez jamais qu’on vous réponde non. Ne vous laissez pas duper par le simple succès personnel ni par la soumission. Vous commettrez toutes sortes d’erreurs ; mais, tant que vous serez généreux et sincères, déterminés aussi, vous ne pourrez faire de mal au monde ni même lui nuire gravement. Le monde a été pour être subjugué et conquis par la jeunesse. Il ne vit et ne survit qu’au prix de conquêtes successives.

Cuba

Je suis absolument persuadé que les Romains calculaient leur emploi du temps quotidien beaucoup mieux que nous. Ils se levaient avant le soleil en toutes saisons. Nous, nous ne voyons jamais l’aube, si ce n’est en temps de guerre. Il nous arrive de voir le coucher du soleil. Le coucher du soleil est messager de la tristesse ; l’aube est messagère de l’espoir. Le repos et le sommeil au milieu de la journée redonnent des forces au corps humain, beaucoup plus qu’une longue nuit. Nous n’avons pas été créés par la nature pour travailler, ou même pour jouer de huit heures du matin à minuit. Nous demandons à notre organisme un effort à la fois injuste et déraisonnable. Que ce soit pour nos affaires ou pour notre plaisir, mental ou physique, nous devrions couper nos journées et nos marches en deux. Lorsque j’étais à l’Amirauté, pendant la guerre, je me suis aperçu que je pouvais ajouter deux heures à ma journée de travail en me couchant pour une heure après le déjeuner. Les latins sont plus sages et plus proches de la nature dans leur façon de vivre, que les Anglo-Saxons ou les Teutons. Il est vrai qu’ils vivent sous de meilleurs climats.

Education à Bangalore

C’est une excellente chose pour un homme sans éducation que de lire des livres de citations. Le recueil de Citations Familières de Bartlett est un ouvrage admirable, et que j’étudiai avec attention. Quand elles sont gravées dans votre mémoire, les citations vous inspirent de saines pensées. Elles vous donnent également envie de lire les auteurs et de les mieux connaître.

En difficulté avec Kitchener

On m’avait réservé un peloton dans un des escadrons de tête. Mais mon retard et l’incertitude dans laquelle on était quant à mon arrivée avaient fait que l’on avait donné ce commandement à un autre. C’était le sous-lieutenant Robert Grenfell qui avait réussi à se faire nommer à ce poste vacant. Il était parti d’excellente humeur. A la base, tout le monde croyait que nous arriverions trop tard pour la bataille. Les deux premiers escadrons arriveraient peut-être à temps, et encore n’était-ce pas certain. “Imaginez ma chance, écrivit Grenfell aux siens. J’ai le peloton qui aurait dû être celui de Winston, et nous sommes les premiers à partir.” La chance est continuellement à l’oeuvre dans nos existences, mais nous ne voyons pas toujours clairement comment elle travaille. En fait, le peloton en question fut pratiquement déchiqueté au cours de la charge du régiment, pendant la bataille du 2 septembre, et le brave jeune officié fut tué.

Au cap avec Buller

Il nous faut apprendre notre leçon. Jamais, jamais, jamais on ne doit croire qu’une guerre sera simple et facile, ou que quiconque s’embarque dans cette étrange aventure peut mesurer à l’avance les vents et les tempêtes qu’il rencontrera sur son chemin.

 

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