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Moby Dick | Herman Melville

Moby Dick | Herman Melville

On dit que les hommes qui ont couru le monde entier sont à leur aise partout et qu'ils sont sûrs d'eux en toute compagnie. Ce n'est pas toujours vrai ; Ledyard, le grand voyageur de New-England et Mungo Park l'Ecossais sont, parmi les hommes, ceux qui ont le moins d'assurance en société. [...]

" Je ne veux point d'homme à bord de mon embarcation, disait Starbuck, qui n'ait pas peur de la baleine. " Ce qui semblait vouloir dire que non seulement le courage le plus utile et le plus digne de confiance est celui qui naît d'une estimation lucide du péril, mais encore qu'un homme absolument sans peur est un compagnon plus dangereux qu'un lâche. [...]

Car les petites constructions peuvent être achevées par les architectes qui les ont conçues ; mais les grandes, les vraies, laissent toujours leur couronnement à la charge de la postérité. Dieu me garde de jamais compléter quelque chose à la mienne. Ce livre tout entier n'est qu'une esquisse. Même pas ! Rien que l'esquisse d'une esquisse. Oh Temps, Force, Argent et Patience ! [...]

Pour si grande que soit la supériorité intellectuelle d'un homme, il ne peut pratiquement et durablement dominer d'autres hommes sans jouer une sorte de comédie toujours un peu vile. C'est ce qui éloigne les vrais princes de l'empire que Dieu leur a préparé sur les assemblées du monde : ils laissent ces pauvres grands honneurs à ceux qui sont destinés à devenir célèbres plus par ce qu'ils ont d'inférieur aux princes que par ce qu'ils ont de supérieur au peuple. Mais il y a une telle Puissance dans ces petites comédies, surtout si elles sont au service des partis politiques extrêmes, qu'elles peuvent donner l'empire au plus grand imbécile. [...]

La plupart du temps, dans cette vie baleinière des tropiques, vous êtes sublimement paisible ; vous n'écoutez point de nouvelles, vous ne lisez point de journaux ; les éditions spéciales avec de saisissants comptes rendus d'événements médiocres ne vous donnent pas d'inutiles émotions ; vous n'entendez. parler d'aucune difficulté domestique, d'aucune banqueroute, d'aucune baisse des valeurs ; vous n'êtes jamais troublé par la pensée de ce que vous allez manger pour le dîner, car pour trois ans et plus, vos repas sont confortablement enfouis dans des barils et votre menu est immuable. [...]

Mais maintenant qu'il avait fait tous ses préparatifs pour mourir, maintenant que son cercueil s'était, à l'essai, montré bien adapté à sa personne, Queequeg revint brusquement à la vie. La boite du charpentier sembla bientôt inutile ; et comme alors quelques-uns manifestaient leur heureuse surprise, il répondit en substance que la cause de sa soudaine convalescence était la suivante : au moment critique, il s'était juste souvenu qu'il avait encore un petit devoir à remplir à terre, et il avait changé d'idée ; il affirmait que pour le moment il ne pouvait plus mourir. On lui demanda alors si vivre ou mourir était une affaire de volonté et de bon plaisir. Il répondit que certainement oui. En un mot, l'opinion de Queequeg était que si un homme décidait de vivre, une simple maladie ne pouvait pas le tuer ; rien ne pouvait le tuer, sauf un cachalot, ou une tempête, ou quelque violent destructeur, enfin une brute cosmique de ce genre.

Or, il y a cette différence remarquable entre le sauvage et le civilisé que, tandis qu'un civilisé malade a parfois besoin d'une convalescence de six mois, un sauvage, de façon générale, est à moitié guéri en un jour. Queequeg regagna bien vite ses forces. Après être resté indolemment assis pendant quelques jours sur le guindeau (mangeant toutefois avec un solide appétit), il se leva soudain, s'étira en conscience, bâilla un peu, puis sautant dans sa baleinière hissée et brandissant son harpon, il se déclara prêt au combat.

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