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Pensées pour moi-même | Marc Aurèle

Pensées pour moi-même | Marc Aurèle

Livre I

VI. De Diognète : réprouver les futilités; ne point ajouter foi à ce quie racontent les charlatans et les magiciens sur les incantations, la conjuration des esprits et autres contes semblables; ne pas nourrir des cailles ni s'engouer pour des folies de ce genre; avoir pris goût à la philosophie[...]

VIII. D'Apollonius : l'indépendance et la décision sans équivoque et sans recours aux dés; ne se guider sur rien autres, même pour peu de temps, que sur la raison; rester toujours le même, dans les vives souffrances, la perte d'un enfant, les longues maladies [...]

XI. De Maximus : être maître de soi et ne pas se laisser entraîner par rien ; la bonne humeur en toutes circonstances, même dans les maladies [...]

XVI. De mon père : la mansuétude, et l'inébranlable attachement aux décisions mûrement réfléchies; l'indifférence pour la vaine gloire que donne ce qui passe pour être des honneurs; l'amour du travail et la persévérance; prêter l'oreille à ceux qui peuvent apporter quelque conseil utile à la communauté; inexorablement attribuer à chacun selon son mérite; l'art de savoir quand il faut se raidir, quand se relâcher [...]

Livre II

IV. Rappelle-toi depuis combien de temps tu remets à plus tard et combien de fois, ayant reçu des Dieux des occasions de t'acquitter, tu ne les as pas mises à profit. Mais il faut enfin, dès maintenant, que tu sentes de quel monde tu fais partie, et de quel être, régisseur du monde, tu es une émanation, et qu'un temps limité te circonscrit. Si tu n'en profites pas pour accéder à la sérénité, ce moment passera; tu passeras aussi, et jamais plus il ne reviendra.

Livre III

XII. Si tu remplis la tâche présente en obéissant à la droite raison, avec empressement, énergie, bienveillance et sans y mêler aucune affaire accessoire; si tu veilles à ce que ce soit toujours conservé pur ton génie intérieur, comme s'il te fallait le restituer à l'instant; si tu rattaches cette obligation au précepte de ne rien attendre et de ne rien éluder; si tu te contentes, en ta tâche présente, d'agir conformément à la nature, et, en ce que tu dis et ce que tu fais entendre, de parler selon l'héroïque vérité, tu vivras heureux. Et il n'y a personne qui puisse t'en empêcher.

Livre IV

III. On se cherche des retraites à la campagne, sur les plages, dans les montagnes. Et toi-même, tu as coutume de désirer ardemment ces lieux d'isolement.  Mais tout cela est de la plus vulgaire opinion, puisque tu peux, à l'heure que tu veux, te retirer en toi-même. Nulle part, en effet, l'homme ne trouve de plus tranquille et de plus calme retraite que dans son âme, surtout s'il possède, en son for intérieur, ces notions sur lesquelles il suffit de se pencher pour acquérir aussitôt une quiétude absolue, et par quiétude, je n'entends rien autre qu'un ordre parfait.

XXXVIII. Examine avec attention leurs principes directeurs; examine les sages, ce qu'ils évitent, et ce qu'ils recherchent.

XLIV. Tout ce qui arrive est aussi habituel et prévu que la rose du printemps et les fruits en été; il en est ainsi de la maladie, de la mort, de la calomnie, des embûches et de tout ce qui réjouit ou afflige les sots.

XLIX. [...] "Malheureux que je suis, parce que telle chose m'est arrivée !" Mais non, au contraire: "Bienheureux que je suis, puisque telle chose m'étant arrivée, je persiste à être exempt de chagrin, sans être brisé par le présent, ni effrayé par ce qui doit venir." Chose pareille, en effet, aurait pu survenir à n'importe qui; mais n'importe qui n'aurait point su persister de ce fait à être exempt de chagrin. [...]

Livre V

I. Au petit jour, lorsqu'il t'en coûte de t'éveiller, aie cette pensée à ta disposition : c'est pour faire oeuvre d'homme que je m'éveille. Serai-je donc encore de méchante humeur, si je vais faire ce pour quoi je suis né, ai-je été formé pour rester couché et me tenir au chaud sous mes couvertures ? [...]

XVIII. Il n'arrive à personne rien qu'il ne soit naturellement à même de supporter. Les mêmes accidents arrivent à un autre et, soit qu'il ignore qu'ils sont arrivés, soit étalage de magnanimité, il reste calme et demeure indompté. Étrange chose, que l'ignorance et la suffisance soient plus fortes que la sagesse !

Livre VI

XI. Lorsque la contrainte des circonstances t'a comme bouleversé, rentre au plut tôt en toi-même, et ne t'écarte pas plus longtemps qu'il ne faut de ta mesure, car tu seras d'autant plus maître de son accordement que tu y reviendras plus fréquemment.

XXIX. Il est honteux que, dans le temps où ton corps ne se laisse point abattre, ton âme, en ce même moment, se laisse abattre avant lui.

Livre VII

II. [...] Je puis, sur chaque chose, me faire l'idée qu'il faut. Et si je le puis, pourquoi me troubler ? Ce qui est en dehors de mon intelligence n'est absolument rien pour intelligence. Comprends-le, et te voilà sur pied.

VIII. Que les choses à venir ne te tourmentent point. Tu les affronteras, s'il le faut, muni de la même raison dont maintenant tu te sers dans les choses présentes.

XVI. Advienne ce que voudra du dehors aux parties de mon être qui peuvent être affectées par cet accident ! Celles qui seront affectées se plaindront, si elles veulent. Pour moi, si je ne pense pas que cet accident soit un mal, je n'en ai encore subi aucun dommage. Or, il dépend de moi de ne pas le penser.

XVII. Le bonheur, c'est de posséder un bon génie, ou une bonne raison. Que fais-tu donc ici, imagination ? Va-t'en, par les Dieux, comme tu es venue ! Je n'ai pas besoin de toi. Tu es venue, selon ta vieille habitude; je ne t'en veux pas; seulement, retire-toi.

XXIII. Le propre de l'homme est d'aimer même ceux qui l'offensent. Le moyen d'y parvenir est de te représenter qu'ils sont tes parents; qu'ils pèchent par ignorance et involontairement; que, sous peu, les uns et les autres vous serez morts; et, avant tout, qu'on ne t'a causé aucun dommage, car on n'a pas rendu ton principe directeur pire qu'il n'était avant.

XXVIII. Resserre-toi sur toi-même. Le principe raisonnable qui te dirige a pour nature de se suffire à lui-même en pratiquant la justice et, en agissant ainsi, de conserver le calme.

XXIX. Efface l'imagination. Arrête cette agitation de pantin. Circonscris le moment actuel. Comprends ce qui t'arrive, à toi ou à un autre. Distingue et analyse, en l'objet qui t'occupe, sa cause que cet homme a commise, laisse-la où la faute se tient.

LXIX. La perfection morale consiste en ceci : à passer chaque jour comme si c'était le dernier, à éviter l'agitation, la torpeur, la dissimulation.

LXXIV. Personne ne se lasse de recevoir un service. Or, rendre service est agir conformément à la nature. Ne te lasse donc point de te rendre service, en obligeant les autres.

Livre VIII

LVIII. Celui qui craint la mort, craint de n'avoir plus aucun sentiment, ou d'éprouver d'autres sentiments. Mais, s'il n'y a plus aucun sentiment, tu ne sentiras aucun mal. Et si tu acquiers d'autres sentiments, tu seras un être différent, et tu n'auras pas cessé de vivre.

LIX. Les hommes sont faits les uns pour les autres; instruis-les donc ou supporte-les.

Livre IX

VII. Effacer ce qui est imagination; réprimer l'impulsion, éteindre le désir; rester maître de sa faculté directive.

Livre X

III. Tout ce qui arrive, ou bien arrive de telle sorte que tu peux naturellement le supporter, ou bien que tu ne peux pas naturellement le supporter. Si donc il t'arrive ce que tu peux naturellement supporter, ne maugrée pas; mais, autant que tu en es naturellement capable, supporte-le. Mais s'il t'arrive ce que tu ne peux pas naturellement supporter, ne maugrée pas, car cela passera en se dissolvant. Souviens-toi cependant que tu peux naturellement supporter tout ce que ton opinion est à même de rendre supportable et tolérable, si tu te représentes qu'il est de ton intérêt ou de ton devoir d'en décider ainsi.

Livre XI

XVIII. [...] Dans tes colères, aie présent à l'esprit que ce n'est pas l'irritation qui est virile, mais que la douceur et la politesse sont des vertus d'autant plus humaines qu'elles sont plus mâles,  et que celui qui en est pourvu montre plus de force, de nerfs et de virilité que celui qui s'indigne et se fâche. Plus son attitude se rapproche de l'impassibilité, plus elle se rapporte aussi de la force. Mais si le chagrin est signe de faiblesse, la colère l'est aussi; dans les deux cas, c'est être blessé et capituler.

XXIX. Dans l'art de l'écriture et de la lecture tu ne peux enseigner avant d'avoir appris. Il en est de même, à plus forte raison, de l'art de la vie.

Livre XII

III. Trois choses te composent : le corps, le souffle, l'intelligence.  De ces choses, deux sont à toi, en tant seulement qu'il faut que tu en prennes soin. La troisième seule est proprement tienne. Si donc tu bannis de toi-même, c'est-à-dire de ta pensée, tout ce que les autres font ou disent, tout ce que toi-même as fait ou dit, tout ce qui, en tant qu'à venir, te trouble, tout ce qui, indépendamment de ta volonté, appartenant au corps qui t'enveloppe ou au souffle qui t'accompagne, s'attache en outre à toi-même, et tout ce que le tourbillon extérieur entraîne en son circuit, en sorte que ta force intelligente, affranchie de tout ce qui dépend du destin, pure, parfaite, vive par elle-même en pratiquant la justice, en acquiesçant à ce qui arrive et en disant la vérité : si tu bannis, dis-je, de ce principe intérieur tout ce qui provient de la passion; si tu fais de toi-même,  comme le di Empédocle : "Une sphère parfaite, heureuse de stable rotondité." si tu t'exerces à vivre seulement ce que tu vis, c'es-à-dire le présent, tu pourras vivre tout le temps qui te reste jusqu'à la mort en le passant dans le calme, dans la bienveillance et l'amabilité envers ton génie.

XXV. Chasse dehors l'opinion et seras sauvé. Qui donc t'empêche de la chasser ?

ÉPICTÈTE MANUEL

IX. La maladie est une entrave pour le corps mais non pour la volonté, si elle ne le veut. La claudication est une entrave pour les jambes, mais non pour la volonté. Dis-toi de même à chaque accident, et tu trouveras que c'est une entrave pour quelque autre chose, mais non pour toi.

X. A chaque accident qui te survient, souviens-toi, en te repliant sur toi-même, de te demander quelle force tu possèdes pour en tirer usage. Si tu vois un bel homme ou une belle femme, tu trouveras une force contre leur séductions, la tempérance. S'il se présente une fatigue, tu trouveras l'endurance; contre un injure, tu trouveras la patience. Et, si tu prends cette habitude, les idées ne t'emporteront pas.

XVIII. Lorsqu'un corbeau pousse un cri de mauvais augure, ne te laisse pas emporter par ton idée. Mais distingue aussitôt en toi-même et dis-toi : "Ceci ne peut rien présager pour moi, mais seulement pour mon pauvre corps, mon petit avoir, ma gloriole, mes enfants ou ma femme. Quant à moi, tout est de bon augure, si je le veux; car quoi que soit ce qui arrive, il dépend de moi d'en tirer avantage."

XXVIII. Si quelqu'un livrait ton corps au premier venu, tu en serais indigné. Et toi, quand tu livres ton âme au premier rencontré pour qu'il la trouble et la bouleverse, s'il t'injurie, tu n'as pas honte pour cela ?

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