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Vouloir toucher les étoiles | Mike Horn

Vouloir toucher les étoiles | Mike Horn

Je ne me laisse jamais aller à la peur : j'élève mon niveau d'attention, c'est tout. Marcher dans les ténèbres, c'est facile, en réalité : il faut sortir ses antennes, sentir le terrain. Affronter un ours polaire est possible : il convient de savoir ce qu'il faut faire, ne jamais baisser les yeux. Je me défie de la peur. Elle est mauvaise conseillère. [...]

Je comprends. Je n'oublierai pas. J'ai pris une leçon importante, une leçon d'existence : dans la vie, pour faire quelque chose qui sorte de l'ordinaire, on doit mettre sa tête plus haut que les autres ; mais en levant la tête, on ramasse des vents, on s'expose, on affronte la critique, la jalousie, la méchanceté. Il faut accepter de vivre tout cela. Et c'est bien ainsi. Contrairement au dicton, ce n'est pas en vivant caché qu'on vit heureux... [...]

La vraie valeur dans la vie est en nous-mêmes. Chacun a quelque chose d'unique en lui. Personne, ni rien, ne peut nous le retirer. Cette énergie, ce désir, ne s'achètent pas. La Bourse peut bien s'écrouler, ça ne changera rien, cette valeur est toujours en nous. J'ai compris que l'argent ne m'intéressait pas. Partir à l'extérieur, le plus loin possible, au-delà du mur, pour m'enrichir de l'intérieur, voilà qui donne un sens profond à mon existence. Et cette démarche, j'en suis convaincu, tout le monde peut l' adopter, à son échelle, à sa mesure. Tout le monde peut voir au-delà du mur... [...]

On peut sauter plus haut, aller plus loin, montrer plus de courage, élever le niveau d'endurance, mais il ne faut jamais, jamais, oublier d'être simple.

Devant la nature, l'humilité est obligatoire.

Entre le défi et la modestie, entre l'arrogance et la pondération, il y a un équilibre à chercher. Une balance fragile, insaisissable, mais qui exige une vigilance constante. Avoir confiance, c'est une chose. Avoir trop confiance, c'est l'assurance de la catastrophe. L'aventure extrême se joue au plus profond de nous-mêmes. C'est ma leçon de l'équateur. [...]

C'est à cela que je reconnais le courage, cette faculté d'accepter ce qui vient sans se plaindre. [...]

Les règles, il faut les suivre, c'est entendu. Mais, si elles nous donnent un cadre, elles nous laissent face à nous-mêmes. Les choix qu'on fait nous appartiennent. On peut suivre un chemin connu, une route inconnue, se laisser mener par les circonstances ou les dicter, être passif ou actif. En s'aventurant en dehors de sa zone de confort, chaque homme découvre que la vie a plus d'une seule facette, que les possibilités sont multiples. A se plaindre que la vie est dure, en doutant de soi, on ne réussit qu'une chose : se rendre l'existence plus pénible.

J'ai choisi ma vie, mon destin, mes confrontations, mes buts, mes idéaux. Ce changement de cap a eu un prix : j'ai pris des risques insensés, je me suis planté parfois, je me suis accroché toujours. Je n'ai qu'un ennemi : la routine. L'aventure, dans ses teintes infinies et ses expériences si diverses, m'enrichit à chaque minute. [...]

Au fil de mes exploits, sur la route de mes explorations, je me suis forgé une philosophie portable. Elle n'est pas constituée de livres savants, ni de termes abstraits. Elle est simple comme la branche d'un arbre, il faut s'adapter. [...]

Pour boucler notre périple, nous devons passer par les eaux somaliennes. Nous savons, pour avoir été prévenus, que la zone est dangereuse. Les pirates se déplacent à des centaines de milles des côtes et, souvent, se font passer pour des pêcheurs. Difficile de faire la différence... Nous devons passer par là. Il y a des cargos, des navires militaires internationaux, des bateaux commerciaux : nous ne serons pas seuls. Mes sponsors renâclent : ils ne voient pas d'un bon œil mon passage dans cette région. Ils me pressent de faire un détour. Sauf que ce détour va rallonger mon périple de trois mois... Je passe outre. Tant pis. Les pirates, j'en fais mon affaire.

La règle d'or, c'est de se préparer. Certains pensent qu'ils peuvent se rendre partout sur la planète le nez en l'air. C'est faux. Il y a des coins chauds, il faut se renseigner et se lancer en conséquence. [...]

La peur est une chose curieuse. Elle peut motiver ou paralyser, devenir un aiguillon ou au contraire démolir nos rêves. Au moment de faire un choix crucial, il m'arrive d'éprouver cette hésitation. Si je m'écoutais maintenant, je redescendrais. Si je retourne sur mes pas, la peur gagne. Elle est une indication. J'ai besoin d'avancer dans cette émotion, d'en faire mon territoire, de l'explorer jusqu'aux limites, de façon à les repousser. Tant que je reste lucide, je maîtrise la danse. Au-delà, c'est la folie.

Le challenge m'excite. Cette exploration n'a rien d'agréable, même si, après vingt-cinq ans de voyages, le phénomène m'est devenu familier. Est-ce de cette manière que Yannick le légionnaire est mort ? En tablant sur son endurance ? Les soldats sont entraînés à ne jamais lâcher. Même exténué, on continue. Blessé, fiévreux, on se dépasse, on se bat ou on crève. En montagne, ce genre de conditionnement, basé sur la force virile, peut devenir dangereux, j'en sais quelque chose puisque j'ai été formé de la même manière. Je peux comprendre ce qui a poussé Yannick à ignorer l'ultime limite. On enseigne aux militaires à se dépasser sans cesse, à ne pas céder, mais la nature a toujours le dernier mot. Face à elle, il faut parfois accepter d'être petit, fragile. Au sommet d'un 8 000, la force brutale ne sert à rien... Très souvent, je dois m'en rappeler car je sais que je peux me faire emporter par ces instants. [...]

Pour la première fois de ma vie, je me sens vaincu. Quand mon père est parti, j'ai éprouvé de la colère. Quand Cathy est partie, elle m'a laissé son amour.

Nous avons vécu plusieurs vies ensemble, en vingt-trois années. Je continue à lui parler, la nuit. Sa mission, désormais, est autre : elle fait partie, intimement, de tout ce que j'accomplis. Quoi que je fasse, quoi que je dise, elle est là. Mes filles, maintenant, ont pris le relais auprès de moi. Un jour, je les quitterai aussi. Il faut accepter cette donnée.

Mais je leur laisserai l'amour infini que j'ai pour elles, et que Cathy avait pour elles.

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